Vous avez tous surement remarqué cette petite boutonnière inutile au revers droit des vestes tailleur. Les doubles boutonnières sont considérées comme des crimes particulièrement atroces. Voici son histoire.

La boutonnière au revers nous vient de l’époque où les vêtements du dessus remontaient droit et se fermaient jusqu’à l’encolure comme les justaucorps de l’Ancien Régime.

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Source: erudit.org

Avec le temps, au XIXème siècle, les pans se sont évasés et les boutonnières du haut ont cessé d’exister progressivement, laissant la première seule en décoration au XXème siècle.

Elle est toutefois encore utilisée sur les vestes chasses et de sport, parfois avec une patte de boutonnage en complément sous le col. C’est également le cas sur certains manteaux.

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Voyez-vous la patte de boutonnage sous le col de la veste ? (Wicket Printemps/Été 2019)

Certains designers ont essayé de faire disparaitre cette boutonnière (dans les 70’s par exemple, on en voit beaucoup en friperies, avec des revers énormes). D’autres l’ont multipliée par deux sur des revers riquiquis …

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Wtf
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Mon tweed des 70’s

Fait main et fait machine

Attention ! Une boutonnière, qu’elle soit réalisée à la main ou à la machine, peut être plus ou moins belle : « fait main » ne veut pas forcément dire « meilleur ». Tout dépend du boutonniériste! Les boutonnières main peuvent être de très mauvaise qualité esthétiquement parlant, comme on peut parfois le voir sur certaine pièces en prêt-à-porter ancien fait à la main, à la chaîne, datant de la première moitie du XXème siècle ou en demi-mesure et petite mesure ou du bespoke ancien provenant d’un petit tailleur de quartier comme il en existait à une époque. Les boutonnières machine sont parfois aussi belles que du fait main. Tout dépend, là, de la machine. Les grandes maisons italiennes de prêt-à-porter font du très beau travail à ce niveau.

La boutonnière faite machine est brodée avec un fil en coton parfois mélangé avec du synthétique. Elle apparaît « plate » car le tressage n’est pas fait autour d’un autre fil, qu’on appelle fil de passe.

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Boutonnière machine… irrégulière et légèrement en relief !

La boutonnière main, quant à elle, est brodée en général avec un fil de soie, autour de ce fameux fil de passe. C’est pourquoi elle est plus en relief ! On peut aussi remarquer que la boutonnière main vue de la face arrière est plus irrégulière que celle machine. Mais la différence est difficile à voir pour qui n’a pas l’œil. Certaines boutonnières machine ressemblent énormément à des boutonnières main.

Vous pouvez parfois voir sur les vestes bas-de-gamme une… fausse boutonnière de revers. Oui, ils se sont dit que c’était une bonne idée. C’est dire l’importance de ce détail visuel sur un revers !

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Cette boutonnière machine n’a même été percée, elle est complètement factice

La fameuse milanaise

Les tailleurs parisiens ont développé un type de boutonnière spécial, fait à la main, pour lui donner un relief particulier. On l’appelle boutonnière milanaise (non elle ne vient pas de Milan). Ce détail typique qui témoigne de la forte influence que l’Italie a pu avoir sur la tradition parisienne est appelée lucida asola par les Ritals, mais on l’appelle milanaise à Paris et en France, et Milanese buttonhole an anglais, du nom du fil de passe spécial utilisé pour la faire, fil traditionnellement de la marque commerciale « La Milanese ». Le nom est resté même si que la marque n’existe plus.

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La milanaise est plus vive, plus lisse, plus brillante que les boutonnières fonctionnelles. Celles-ci sont rugueuses, font des « bosses » et des creux, ne sont donc pas lisses, et peuvent être faites machines. On compte 30min à 1h de travail pour une milanaise.
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Photo issue du site Atelier Minussi

Pour une quarantaine d’euros, on peut ajouter à n’importe quel revers une belle boutonnière milanaise. Les couturières suffisamment douées comme Jessica de Hody  ne courent pas les rues par contre. Cela dit, je ne vois pas l’intérêt de l’ajouter sur un costume en polyester/viscose de chez The K******. Surtout qu’il y en aurait … deux ! C’est un détail tailleur qui est particulièrement prisé par les connaisseurs, qui mettront en émoi les rares qui la reconnaitront d’un seul coup d’œil.

Il est de bon goût de passer une fleur à la boutonnière pour un mariage, et pour d’autres occasions un lapel pin ou une chaîne, comme le fait si bien @notorious.sartorialist :

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Je ne le ferai pas avec une boutonnière milanaise par contre, pour garder la sobriété et l’élégance artisanale intrinsèque de celle-ci. Mais aussi parce qu’une milanaise est plus fragile.

 

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